{"id":452,"date":"2020-03-10T15:38:01","date_gmt":"2020-03-10T14:38:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/?p=452"},"modified":"2020-03-10T15:54:16","modified_gmt":"2020-03-10T14:54:16","slug":"le-travail-de-la-tisseuse-berbere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/le-travail-de-la-tisseuse-berbere\/","title":{"rendered":"Le travail de la tisseuse berb\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p>Le travail de la tisseuse ou tisserande berb\u00e8re au Maroc, s\u2019\u00e9vertue depuis la nuit des temps \u00e0 tisser, en quelque sorte, tous les fils de la vie\u2026Les tisseuses de la <em>vall\u00e9e du Siroua<\/em> situ\u00e9e entre le Haut-Atlas et l\u2019Anti-Atlas, au m\u00eame titre que les tisserandes des nombreuses tribus berb\u00e8res amazigh du Moyen-Atlas, dont aussi les femmes du village <em>d&rsquo;A\u00eft Hamza (Province de Boulemane)<\/em>, sont les preuves vivantes de cet attachement culturel pour lequel elles contribuent et s\u2019investissent depuis fort longtemps. <br><br>Ce sont ces femmes qui font valoir la r\u00e9putation mondiale des plus beaux tapis berb\u00e8res marocains comme les :&nbsp; <em>Beni ouarain, Kilim, Azilal, Boucherouite<\/em> et bien d\u2019autres encore\u2026 Au Maroc, on fait perdurer les techniques anciennes du tissage, on y trouve m\u00eame des techniques uniques et aujourd\u2019hui propres seulement au Maroc. C\u2019est le cas pour le tissage fait d\u2019une seule pi\u00e8ce sur le m\u00e9tier \u00e0 tisser, pour une sorte de <em>selham (burnou)<\/em> un v\u00eatement tr\u00e8s ancien, comme c\u2019est aussi le cas pour les techniques du noeud berb\u00e8re et la technique de brochage propres aux tapis de laine enti\u00e8rement nou\u00e9s \u00e0 la main.<br><br>Les femmes berb\u00e8res d\u00e9fendent cet h\u00e9ritage mill\u00e9naire, cet attachement artistique et elles contribuent dans le royaume et pour les localit\u00e9s les plus concern\u00e9es, \u00e0 faire valoir<strong> cette r\u00e9putation internationale des tapis berb\u00e8res marocains<\/strong>. Lutte perp\u00e9tuelle contre l\u2019oubli et l\u2019usure du temps, ces tisseuses berb\u00e8res sauvegardent la m\u00e9moire, l\u2019imagination, le savoir-faire et la rencontre multiculturelle des tribus berb\u00e8res du Maroc, elles assurent la continuit\u00e9 de cet art ancestral qu\u2019est le tissage et font valoir les composantes de cette culture berb\u00e8re marocaine unique qui met en avant, la cr\u00e9ativit\u00e9, l\u2019imagination et la sensibilit\u00e9 typique et authentique de chaque artisan marocain. Ces femmes font valoir \u00e9galement cette place et ce r\u00f4le essentiel que tient la femme au sein de la famille marocaine et ce, sur de nombreux plans : sociaux, culturels, traditionnels, \u00e9ducationnels et bien s\u00fbr \u00e9conomiques !<br><\/p>\n\n\n\n<h2><strong>Le tissage au Maroc<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><br>Le tissage au Maroc fait son apparition d\u00e8s 1500 av.J.C., donn\u00e9e officielle du <em>Minist\u00e8re de la communication du Maroc<\/em>. La diversit\u00e9 des mat\u00e9riaux caract\u00e9rise aussi l\u2019art du textile et toutes les formes d\u2019expression artisanales en textile. Ces expressions se valorisent par le tissage qui habille les corps et cr\u00e9e des objets de d\u00e9coration parmi les plus raffin\u00e9s. Dans les zones montagneuses et rurales de l\u2019Atlas, comme dans les villes parmi lesquelles, la belle Marrakech, les pratiques de l&rsquo;art et de l&rsquo;artisanat d\u00e9passent les ateliers et peut d\u00e9j\u00e0 se contempler au coeur des ruelles de la m\u00e9dina\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ourdissage, filature, traitement de la laine sont des techniques visibles pour peu qu\u2019on s\u2019y int\u00e9resse vraiment ! On peut aussi voir tout cela aux seins des nombreux ateliers pr\u00e9sents au Maroc. La laine reste la mati\u00e8re b\u00e9nie et consid\u00e9r\u00e9e comme un <strong>don du ciel<\/strong> au Maroc, c\u2019est elle qui fait valoir la renomm\u00e9e des tapis berb\u00e8res marocains.<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>Le travail de la tisserande berb\u00e8re ou tout simplement de la femme<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Le travail de la tisseuse berb\u00e8re<\/strong> concerne depuis longtemps une tradition f\u00e9minine qui se transmet de m\u00e8res en filles. Ce sont les femmes qui assurent toutes les t\u00e2ches qui se d\u00e9roulent apr\u00e8s la tonte, la pr\u00e9paration, le lavage, les couleurs et les teintures, le stockage et le filage de la laine, puis enfin le montage du m\u00e9tier \u00e0 tisser et donc le tissage. Le travail f\u00e9minin au Maroc et surtout en milieu rural, investit fortement ces femmes dans toutes les activit\u00e9s domestiques et \u00e9conomiques \u00e0 faible valeur ajout\u00e9e, c\u2019est ainsi le cas pour l\u2019agriculture, l\u2019artisanat et le commerce. <br><br>La sous-estimation et l\u2019invisibilit\u00e9 statistique de ces travaux sont h\u00e9las, encore de rigueur. Pourtant, dans l\u2019\u00e9conomie rurale en g\u00e9n\u00e9ral, le r\u00f4le de ces femmes et la nature des t\u00e2ches qu\u2019elles accomplissent jouent bien souvent un r\u00f4le primordial pour la survie de la famille. La plupart du temps, l\u2019absence ou la faiblesse des r\u00e9mun\u00e9rations sont telles que cela nuit aussi \u00e0 la reconnaissance de ces travaux\u2026 Si les am\u00e9liorations sont not\u00e9es sur ces plans pr\u00e9cis ou encore en cours, il est des lieux o\u00f9 elles ne sont pas encore&#8230; <br><br>De nombreuses femmes au Maroc travaillent encore dans le cadre du foyer domestique. Bien s\u00fbr, le manque d&rsquo;alphab\u00e9tisation et la d\u00e9scolarit\u00e9 explique aussi cela&#8230; Par ailleurs et paradoxalement, on constate aujourd\u2019hui au Maroc cette \u00e9mancipation f\u00e9minine par le travail qui est en plein essor et ce, surtout chez les femmes c\u00e9libataires, divorc\u00e9es, s\u00e9par\u00e9es ou veuves. Elle est effectivement moindre pour les femmes mari\u00e9es qui sont ainsi et bien souvent celles qui font valoir la continuit\u00e9 des traditions artisanales et cr\u00e9atives transmises de g\u00e9n\u00e9rations en g\u00e9n\u00e9rations, le tissage en est donc un exemple parmi d\u2019autres.<br><br>Au Maroc, le tissage conserve sa valeur symbolique mais aussi \u00e9conomique. <br>Les femmes continuent de tisser sur \u201c<em>l\u2019azetta<\/em>\u201d (<em>la cha\u00eene<\/em>) le nom berb\u00e8re donn\u00e9 au m\u00e9tier \u00e0 tisser traditionnel,&nbsp; elles tissent pour la maison, pour le mariage des filles et aussi pour les hommes, elles tissent les fils de la vie : la vie, la mort, la virginit\u00e9, l\u2019accouplement, la naissance, l\u2019amour\u2026<br><br><strong>Les tisseuses berb\u00e8res marocaines tissent tout simplement le miroir de la terre !&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas rare de nos jours et d\u00e9sormais de trouver des coop\u00e9ratives de tissage n\u00e9es de l\u2019initiative des tisserandes elles-m\u00eames et, appuy\u00e9e, par diverses organisations et coop\u00e9rations internationales et du Maroc. Ce sont ces femmes qui se chargent de tout et de toute la cha\u00eene de production. Gr\u00e2ce \u00e0 tout cela, les femmes am\u00e9liorent aussi leur revenu familial. Le commerce \u00e9quitable est ainsi de plus en plus de rigueur quand vous investissez dans un tapis berb\u00e8re marocain. Vous contribuez donc et aussi \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de vie de ces familles.&nbsp;&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<h2><strong>Le r\u00f4le de transmission du tissage<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><br>Cet art ancestral et cet apprentissage du tissage, demeure traditionnel et se transmet de m\u00e8re en fille au sein de la famille. Les jeunes filles tissent ainsi des tapis, y compris <em>le hanbel<\/em> qui reste encore la pi\u00e8ce ma\u00eetresse de l\u2019activit\u00e9 du tissage. Le tapis est une pi\u00e8ce incontournable du trousseau de la mari\u00e9e, il reste \u00e9galement un cadeau tr\u00e8s pris\u00e9 \u00e0 travers le monde, le tapis berb\u00e8re, en berb\u00e8re \u201c<em>Tazerbit<\/em>\u201d occupe au Maroc, une place tr\u00e8s importante. Le croisement simple des fils de cha\u00eene et de trame en pure laine en employant l\u2019armure drap, repr\u00e9sente le travail sp\u00e9cifique d\u2019un <strong><em>hanbel<\/em><\/strong>, diff\u00e9rent de celui d\u2019un tapis, le hanbel est encore aujourd\u2019hui, dans le Moyen et Haut-Atlas, l\u2019h\u00e9ritage de plusieurs si\u00e8cles de cet art ancestral du tissage, il reste l\u2019objet pr\u00e9cieux dans la maison berb\u00e8re. Tous les motifs tiss\u00e9s ont des symboliques et des significations.<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>Le travail sp\u00e9cifique de la laine<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><br><br>La transformation de la laine passe enti\u00e8rement entre les mains des tisseuses qui vont, avec des outils sp\u00e9cifiques, qui sont aussi et souvent des objets de familles donc personnels :&nbsp; <em>les peignes, les cardes, les quenouille<\/em>s, contribuer \u00e0 appr\u00eater cette laine qui sera ensuite tiss\u00e9e. Encore aujourd\u2019hui, le tissage dans certaines contr\u00e9es marocaines occupe une grande partie du quotidien de nombreuses femmes, toutefois, ce travail est interdit les jours de pri\u00e8re, soit, le vendredi et lors des f\u00eates religieuses. C\u2019est au printemps que la tonte des moutons se pratique, l\u00e0, ce sont les hommes qui tondent \u00e0 l\u2019aide de ciseaux et non plus de petites serpes \u201c<em>imgr\u201d<\/em> comme antan et ach\u00e8tent les toisons de laine.  Tout ceci est un rituel accompagn\u00e9 de pri\u00e8res pour attirer la b\u00e9n\u00e9diction divine, la \u201c<em>Baraka<\/em>\u201d. L\u2019aide collective et les liens de la communaut\u00e9 d\u00e9nomm\u00e9e \u201c<em>tiwizi\u201d<\/em> se met en oeuvre pour la tonte. <br>C\u2019est seulement apr\u00e8s ces op\u00e9rations, que le cycle f\u00e9minin du tissage va d\u00e9buter\u2026<br><br>L\u2019op\u00e9ration \u201c<em>tadut<\/em>\u201d peut commencer, c\u2019est le triage et nettoyage de la laine. Il n\u2019est pas rare que la laine soit pr\u00e9alablement bouillie dans un bain de saponaire pour la faire blanchir ou alors, mouill\u00e9e, tap\u00e9e et lav\u00e9e \u00e0 la rivi\u00e8re \u00e0 l\u2019aide d\u2019un panier en osier qui filtre l\u2019eau, et est appel\u00e9 \u201c<em>taselite<\/em>\u201d. <br>La laine s\u00e8che ensuite au soleil. On stocke durant plusieurs jours et ensuite la laine dans la r\u00e9serve domestique appel\u00e9 \u201c<em>khzin<\/em>\u201d \u00bb). La laine est reste stock\u00e9e est sortie d\u00e8s la fin de l\u2019hiver, il est alors venu le temps de monter le m\u00e9tier \u00e0 tisser.<\/p>\n\n\n\n<h2><strong>Le montage du m\u00e9tier \u00e0 tisser<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Les femmes sont assises au sol et commencent le cardage pour travailler le fil de trame qui doit \u00eatre tr\u00e8s r\u00e9sistant. C\u2019est \u00e0 l\u2019aide de deux planchettes en bois h\u00e9riss\u00e9es de clous et appel\u00e9es <strong>cardes<\/strong> ou en berb\u00e8re \u201c<em>imchdn<\/em>\u201d qu\u2019elle travaillent les fibres de laine fris\u00e9s et plus courts, les fibres plus longues sont peign\u00e9es et sont destin\u00e9es \u00e0 la cha\u00eene. Les deux peignes appel\u00e9s en berb\u00e8re \u201c<em>imchdn n tzrzt<\/em>\u201d sont utilis\u00e9s pour s\u00e9parer la laine. Les femmes sont des fileuses exp\u00e9riment\u00e9es, elles fa\u00e7onnent ainsi la laine \u00e0 leur guise. Lorsque le m\u00e9tier \u00e0 tisser est enfin pr\u00eat, le tissage peut commencer selon l\u2019imagination, la cr\u00e9ativit\u00e9 et les inspirations de la tisseuse berb\u00e8re.&nbsp;<br><br>Quand vous achetez un tapis berb\u00e8re marocain, sachez que c\u2019est une v\u00e9ritable oeuvre d\u2019art qui n\u2019est jamais n\u00e9 de nul part, vous avez alors entre les mains, une partie de la vie de la tisserande berb\u00e8re qui a confectionn\u00e9 ce tapis. Voil\u00e0 pourquoi, vous ne regarderez jamais plus un tapis berb\u00e8re de la m\u00eame fa\u00e7on, syst\u00e9matiquement, vous penserez \u00e0 cette femme, qui, durant des heures, s\u2019est investie corps et \u00e2me dans cet ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le travail de la tisseuse ou tisserande berb\u00e8re au Maroc, s\u2019\u00e9vertue depuis la nuit des temps \u00e0 tisser, en quelque sorte, tous les fils de la vie\u2026Les tisseuses de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":457,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[28],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/452"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=452"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/452\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":454,"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/452\/revisions\/454"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/media\/457"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=452"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=452"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tribaliste.com\/magazine\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=452"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}